Les gens autour de toi tu les crois invincibles. T'as deja été confrontée à la mort, mais tu t'dis que ça arrivera plus. Tu la vois pas arriver c'est sûr.. Les gens que t'aime, tu veux pas les voir partir. Pour rien au monde tu enleverais un morceau d'vie aux tiens pour en bénéficier.. J'ai souvent eu la boule au ventre en pensant aux conneries que tu pourrais faire papa. Tu m'as trop souvent répété qu'la vie pour toi valait pas la peine d'être vécue. Pour vous du côté paternel, j'ai été affecté, votre départ est trop vite arrivé, et ces guerres impitoyables autour de votre tombe m'ont beaucoup décue. Assez pour que je n'puisse plus jamais croire en eux, "famille" superficielle, où les interêts et la mechanceté prennent le dessus. Et pour toi Lucie, j'me souviendrais toute ma vie de la nuit où j'ai prié pendant des heures pour ne pas que tu partes.. Mais ça n'a pas marché. Il y a des jours où on ferait mieux de ne croire en rien. De ne pas avoir d'attache, ni aucune certitude.. Parce que la mort te les emporte sans prévenir.
"La maladie ne s'interesse pas aux gens qui ont envie d'mourir".
Abuelo
laisse moi te dire que ton départ est la dernière chose à laquelle je m'attendais. J'voyais bien qu't'étais à bout, que c'était trop dure pour toi d'supporter tout ça. Mais pourtant j'voulais pas y croire. Avec la mère que j'ai, et qui est ta fille, il semble que rien ne pouvait te faire baisser les bras.. Une famille de warrior, trop d'fierté, trop d'force à la base, y'a rien qui semblait pouvoir nous vaincre. Mais t'as préféré partir et laisser abuela seule alors qu'elle perd la tête.. Tu vas me manquer. Enormément. Tes blagues pourries, tes imitations et tes récits qui n'en finissaient plus.. J'arrive pas à croire que je n'y aurais plus le droit. J'arrive pas à croire que j'pourrais plus jamais m'asseoir à tes côtés dans le petit salon, à regarder un film qu'on aura vu et revu.. Ou alongée par terre contre le carelage bien frais, la chaleur espagnole nous etouffait, mais toi tu faisais que d'grogner parce c'est sale rooh! De longues minutes à parler théâtre au téléphone, tu prennais toujours des nouvelles de c'que j'pouvais bien y faire. Et tu me racontais tes années à travailler en tant que machiniste, tes grandes rencontres. Là bas, en Espagne, un jour tu m'as montré tes dédicasses. J'voudrais recupérer cette boite pleine de tresors. Tu vas me manquer. J'me suis promis de ne plus pleurer. Mais c'est dure. "Buenas tardes!" à n'importe quelle heure de la journée, c'est c'que tu disais, avec ton bon accent francais. Des années qu't'habitais là bas, mais nan, tu voulais pas apprendre cette langue. "S'il veulent me parler, ils ont qu'à apprendre le francais!" Et des échanges entiers avec les gens dans l'village en mode dialogue de sourd.. Tu nous repétais sans cesse d'être sage avec maman. Ajd, qu't'es plus là, j'te jure de veiller sur elle jusqu'à la fin d'ma vie. Et de faire en sorte de la rendre heureuse. Tu seras pas déçu de nous. De là haut, tu pourras être fier de tes petits enfants.. J'arrive pas à croire que j'pourrais plus t'serrer dans mes bras , ni voir Adrien te regarder avec cet air si admiratif. T'as toujours été son exemple. Il est resté fort, et on s'est rememoré pas mal de moments à tes côtés. On prendra soin de ta petite femme, ne t'inquiéte pas. Je n'imagine même pas sa tristesse, loin de toi, de son village et de sa maison, il va lui falloir du courage, elle qui a toujours vécu qu'à travers toi.. Vous vous aimiez tant.. Mais elle te criait tout le temps dessus et alors tu prennais ton air de chien battu en nous regardant. Sans cesse entrain de la narguer, de lui faire des blagues qu'elle ne comprenait même pas.. Nous n'oublierons rien de tout cela, comme tes sourires en coin, tes grimaces, tes enormes mains et ton imitation mémorable du sergent un peu tantouz sur les bords
Laisse moi te dire que je t'aime et que je ne t'oublierai jamais.